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LES DÉCOUVERTES MARITIMES PORTUGAISES

Texte (enrichi) de ma conférence du 26/4/2001 à l'Université du Temps Libre en pays d'Arlon, Belgique

 

L'Expansion - 8/9

La découverte du Brésil

Le 9 mars 1500, une grande flotte composée de treize vaisseaux part de Lisbonne sous le commandement de Cabral. La flotte était constituée de treize vaisseaux. C'était la plus grande et plus puissante expédition navale jamais préparée pour la demande de terres lointaines et inconnues. D'après le dessin dans le manuscript du "Livre des Flottes", il n'y a que douze bateaux, pourtant, d'autres sources historiques nous renseignent qu'ils étaient en effet treize.

Cabral passe à côté des îles Canaries, continue en direction à l'archipel de Cap-Vert - où l'un des vaisseaux disparaîtra sans qu'on ait jamais su la raison - puis il prend la direction vers l'occident.

Le 22 avril - mercredi avant Pâques - les Portugais voient à l'horizon la coupole bleue d'un mont, auquel Cabral donne le nom de Mont Pascoal (de Pâques), à cause de l'époque de la découverte; les bateaux arrivent près de cette côte inconnue, au sable blanc et à la végétation luxuriante. Les Portugais venaient de découvrir la "terre gracieuse", plus tard appelée Brésil.

Les bateaux de plus petite taille approchèrent la côte, et immédiatement les Indiens tupiniquins, ornées de plumes et armés d'arcs et flèches, viennent à leur rencontre. Voyant qu'ils ne montrent aucune animosité, les Portugais débarquent et leur offrent des cadeaux. Certains de ces Indiens étaient complètement nus, d'autres ornées de plumes et armés d'arcs et flèches; on a compris plus tard que ces différents types d'habits correspondaient aux différentes hiérarchies sociales et aux différentes tribus. Ce qui a le plus choqué les Portugais fut leur nudité, qui était contraire à la doctrine chrétienne.

Entre-temps, Cabral cherche un endroit plus convenable aux autres bateaux, et le 25 avril il arrive à une baie qu'il appellera Baía Cabrália, d'après son propre nom. Le port qui y sera construit plus tard aura le nom de Porto Seguro, qui veut dire port en sécurité.

Le lendemain - dimanche de Pâques - les Portugais célèbrent la messe dans un autel érigé à l'ombre des arbres. Le 1er mai, une deuxième messe est célébrée, à laquelle participent déjà quelques Indiens qui, dans un souci d'imiter les manières des navigateurs, faisaient aussi le signe de croix.

Ce jour même du 1er mai, Cabral et ses capitaines décident d'envoyer le navire des provisions de retour à Lisbonne, afin de donner au roi Manuel la bonne nouvelle par la fameuse lettre de Pêro Vaz de Caminha.

Dans sa lettre, Pêro Vaz de Caminha décrit avec précision la découverte du Brésil et fait référence aux Indiens venus les accueillir et qui ont participé à certaines activités avec les Portugais. Lisons-en quelques passages:

"(...) Et ils se sont joints à nous de façon qu'ils nous ont aidé à transporter du bois et à le mettre sur les bateaux (...)."

"(...) Ils ont été avec nous, assis sur les genoux, debout lorsque que nous nous sommes levés, avec les mains levées comme nous. (...) Ils suivaient nos gestes d'une façon tellement sage que je certifie à Votre Altesse que cela nous a fait beaucoup de dévotion."

"(...) Ainsi, je dis à Votre Altesse que ces gens vivent dans une telle innocence que celle d'Adam en pâlirait."

Cabral appellera cette terre île de Vera Cruz, en honneur de la Croix du Christ. Plus tard, le roi Manuel I changera le nom en Terra de Santa Cruz (Terre de Sainte Croix), mais avec le passer du temps son nom officiel deviendra Brasil (Brésil en français) à cause du commerce du "pau-brasil" (en français brésillet), dénomination venant de la mystérieuse île Brasil de la cartographie ancienne. Le "pau-brasil" ou brésillet est un arbre dont le bois - aussi connu sous le nom de bois de Pernambuco - fournit une teinture rouge, très appréciée à l'époque de la Renaissance mais aussi très difficile à obtenir.

En effet, cet arbre venait d'Asie en forme de poudre et servait à teinter surtout les étoffes luxueuses, comme le velours. Lorsque les Portugais sont arrivés au Brésil, ils ont vu que ces arbres abondaient le long de ses côtes et aussi à l'intérieur des terres, le long des fleuves. En quelques années seulement, le commerce du brésillet par le Portugal devient un monopole, ce qui a attiré la convoitise des autres pays européens, qui n'hésitaient pas à utiliser la contrebande et très souvent aussi la piraterie pour voler les cargaisons des bateaux portugais. D'ailleurs, c'est dans le but d'y établir une colonie et d'exploiter économiquement le brésillet au profit de la France, que Nicolas Durand de Villegaignon, vice-amiral de Bretagne et corsaire à solde du roi de France, conduisit en 1555 une expédition sur la côte de ce qui est aujourd'hui la vile de Rio de Janeiro. Heureusement son action échoua.

Mais, revenons au voyage de Cabral. Après sa découverte des nouvelles terres, Cabral rebrousse chemin et prend la route du Cap de Bonne Espérance, en direction aux Indes. Restent à terre deux marins qui avaient déserté, ainsi que deux déportés, et ils seront les premiers Portugais à initier le métissage entre Blancs et Indiens, donnant ainsi naissance à la population du Brésil.

Aujourd'hui, les historiens sont de plus en plus d'opinion que la découverte de ces terres n'a pas été un fait fortuit, mais plutôt la conséquence d'une action bien pensée. À renforcer cette thèse, il y a la présence, parmi l'équipage, de Pacheco Pereira, qui deux ans auparavant avait été chargé par le roi Manuel de découvrir la partie occidentale de l'Océan Atlantique. En sa qualité de militaire et de cosmographe, Pacheco Pereira avait aussi fait partie de la délégation portugaise chargée de l'élaboration du Traité de Tordesillas en 1494. Et il avait commandé une expédition, secrètement organisé en 1498 par le roi portugais, dans le but de vérifier la ligne de démarcation de ce traité.

Le Traité de Tordesillas divisait le monde en deux sphères d'influence, une espagnole, l'autre portugaise. Il fixait la ligne de démarcation séparant les possessions coloniales des deux pays respectifs à 370 lieues à l'ouest des îles de Capt-Vert. La situation géographique du Brésil dans l'hémisphère portugais laisse penser que ces terres était déjà connues des Portugais avant leur découverte par Cabral.

Pour ce qui est de l'évangélisation de ces terres, un homme y a joué un rôle extraordinaire: le missionnaire portugais António Vieira. Né à Lisbonne en 1608, il partit au Brésil pour y amener la parole de Dieu. En plus de missionnaire il fut théologien, écrivain, ambassadeur, un grand défenseur des Indiens, et l'un des premiers humanistes. C'était une personnalité de rare bonté et sagesse, une des figures les plus marquantes du XVIIe siècle. Il mourut au Brésil en 1697.


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