E-mail  

LES DÉCOUVERTES MARITIMES PORTUGAISES

Texte (enrichi) de ma conférence du 26/4/2001 à l'Université du Temps Libre en pays d'Arlon, Belgique

 

L'Expansion - 6/9

Les découvertes maritimes pendant le règne de João II - Partie 2

En 1487, croyant aux informations cueillies auprès des princes de Bénin qui avaient des relations avec l'Ethiopie, João II (1481-1495) décide d'envoyer deux émissaires portugais se renseigner sur ce royaume du mystérieux Prête Jean, personnage nourri de légende depuis Richard Coeur de Lion. Les deux émissaires portugais devaient aussi prendre des renseignements sur le commerce et la navigation sur l'Océan Indien. Leurs missions étaient pourtant différentes: Afonso de Paiva porterait des lettres pour le Prête Jean, avec lequel il était chargé d'établir des contacts; Pêro da Covilhã devait arriver par terre aux entrepôts de l'Océan Indien et apporter au roi portugais des informations complètes sur les pays producteurs des épices qui intéressaient l'Europe, ainsi qu'obtenir la confirmation, auprès des riverains des côtes orientales de l'Afrique, de l'existence d'une jonction maritime de l'Océan Indien avec l'Atlantique.

Avec une lettre accréditée pour "tous les pays du monde" et de l'argent en poche, ils sont tous les deux partis du Portugal, pays auquel aucun d'eux ne retournera plus. Ils suivent route ensemble jusqu'à Aden (aujourd'hui capital et port du Yémen du Sud), où ils se séparent pour continuer chacun sa mission, après quoi ils devaient se rejoindre au Caire pour retourner ensemble au Portugal. Laissons de côté Afonso de Paiva qui trouvera la mort au Caire, et suivons un peu plus de prêt la mission de Pêro da Covilhã.

À Aden, Pêro da Covilhã prend un vaisseau pour Cananor, puis il part à Calicut, sur le golf d'Oman. Ce port était à l'époque une des villes les plus mercantiles de l'Orient, point de rencontre des vaisseaux venus de La Mecque et d'Ormuz, des marchands de Ceylan, parmi d'autres. Pêro da Covilhã y conclut une partie de sa mission, se renseignant sur les lieus de provenance des marchandises, de leurs prix à l'origine, des distances qui séparaient les divers ports d'escale, etc. Il décide de visiter encore Goa et Ormuz, sur le golf Persique. Ensuite il reprend le chemin de retour en Afrique, mais on ne sait pas avec exactitude quels furent les ports d'escale, ni dans quelles conditions ce voyage s'est réalisé. Ce dont nous sommes en mesure d'affirmer c'est qu'il descendit la côte orientale d'Afrique jusqu'à Sofala (sur la côte de Mozambique), dernier port navigable au sud, à l'époque, où il recueillit des informations sur l'or venant de l'intérieur et sur la communication des deux océans.

Une fois arrivé de nouveau au Caire, Pêro da Covilhã apprend la triste nouvelle de la mort d'Afonso de Paiva. Il est aussi attendu par deux messagers du roi João II, qui lui transmettent de nouveaux ordres: accompagner un des messagers à Ormuz (on ne sait toujours pas aujourd'hui quel était le but de ce voyage) et visiter le royaume de Prête Jean. Pêro da Covilhã écrit au roi une lettre-rapport (qui malheureusement s'est perdue plus tard) sur les démarches entreprises jusque-là, conduit le messager à Ormuz, puis revient en Afrique et se met en route vers l'Ethiopie.

Il y arrive entre début 1492-1493, c'est-à-dire cinq à six ans après son départ du Portugal et il y restera pour le restant de sa vie: le roi d'Ethiopie ne lui donnera jamais la permission de sortir du pays, mais lui accordera par contre des faveurs et des charges administratives importantes. Des années plus tard, déjà septuagénaire, Pêro da Covilhã est visité par un missionnaire portugais qui le trouve entouré d'enfants et plongé dans l'administration de ses propriétés.

C'est grâce aux Portugais, qui depuis le XVe siècle s'efforçaient d'entrer en rapport avec ce fantastique pays de Prestes Jean, que les légendes qui l'entouraient ont donné lieu à la connaissance de la réalité. Au début du XVIe siècle, le roi d'Ethiopie demande l'aide du Pape, qui suggère au roi du Portugal d'intervenir militairement en défense du pays. Les ruines d'un château construit par les Portugais à Gondar témoignent encore aujourd'hui des bonnes relations entre le Portugal et l'Ethiopie à cette époque.

Un fait illustre, qui sera le tournant décisif et tant attendu pour la découverte de la route maritime vers les Indes, marquera encore le règne de João II (1481-1495). En effet, en 1487, la même année où Afonso de Paiva et Pêro da Covilhã sont partis de Lisbonne remplir leur mission en Afrique et en Asie, comme nous venons de voir, le navigateur portugais Bartolomeu Dias double le Cap des Tempêtes, qui sera rebaptisé Cap de Bonne Espérance sur l'ordre de João II. Les sources dont nous disposons pour la reconstitution de ce voyage ne sont pas énormes, mais nous savons que la flotte comprenait trois vaisseaux coordonnés par Bartolomeu Dias.

Tout semble être ainsi sur la bonne route pour continuer vers les Indes, mais deux événements inattendus viennent bouleverser les desseins du roi: la mort du prince héritier en 1491 et la Découverte des Antilles (Cuba et Taïti) par Christophe Colomb, en 1492. Entre-temps, par initiative diplomatique de l'Espagne - finalement unifiée avec la conquête de Grenade - le Pape Alexandre VI publie la Bulle Inter Coetera, clairement fâcheuse pour les intérêts portugais.

Le roi João II proteste, et après de longs pourparlers il conclut avec les rois catholiques, en 1494, le célèbre Traité de Tordesillas (dont la dernière page porte les signatures des rois du Portugal et de l'Espagne), qui séparaient le monde en deux sphères d'influence, une espagnole, l'autre portugaise, et fixait la ligne de démarcation séparant les possessions coloniales des deux pays respectifs à 370 lieues à l'ouest des îles de Cap-Vert. La situation géographique du Brésil dans l'hémisphère portugais a toujours levé des soupçons comme quoi l'existence de ces terres était déjà connue des Portugais avant leur découverte par Cabral.

Sous le point de vue des relations extérieures, le règne de Jean II fut marqué par une grande activité diplomatique dans la recherche d'harmonie avec les autres pays et aussi par l'espoir secret d'une future monarchie ibérique sous son fils Afonso, qu'il avait marié à la fille des rois catholiques. La mort prématurée du prince héritier ruina, cependant, ces propos et fut source de préoccupations pour le roi.

Peu avant sa mort, en 1495, João II accède à nommer comme successeur son beau-frère, Manuel, dit le Fortuné, car c'est sous son règne que le Portugal verra la réalisation d'un de ses plus grands rêves: la découverte de la route maritime vers l'Inde.


Avant-Propos Raisons de l'expansion L'Expansion, numéros des pages: 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 Consolidation Bibliographie


Bienvenu(e) chez dulcerodrigues.info
Qui suis-je?

©  Dulce Rodrigues, 2002