LES DÉCOUVERTES MARITIMES PORTUGAISES
Texte (enrichi) de ma conférence du 26/4/2001 à l'Université du Temps Libre en pays d'Arlon, Belgique
L'Expansion - 5/9
Les découvertes maritimes pendant le règne de João II - Partie 1
À la mort d'Afonso V, en 1481, son fils João - que le roi portugais avait déjà associé au pouvoir pendant les sept dernières années de son règne - monte sur le trône.
João II (1481-1495), dit le Parfait, sera un des rois portugais les plus illustres: il renforce le pouvoir royal et maintient le pays sous son autorité forte et un peu paternaliste. Et c'est lui qui ouvrira les portes de l'Inde. Mais pour ce faire, il redonne une nouvelle dimension à la politique maritime: premièrement en renforçant le commerce d'Afrique; deuxièmement en garantissant la défense des intérêts portugais dans le monde de l'époque.
En ce qui regarde le renforcement du commerce d'Afrique, trois aspects sont à considérer, à savoir: a) des voies alternatives à celles du nord d'Afrique dans la recherche de l'or à l'intérieur de ce continent, les échanges commerciaux étant faits en monnaie de ce métal précieux; b) recherche d'esclaves pour faire face au manque de main-d'oeuvre dans l'agriculture; c) établissement de contacts avec le mystérieux royaume de Prête Jean car, selon la légende, ce royaume empruntait une bonne route d'accès aux épices de l'Orient, la route traditionnelle étant aux mains des Vénitiens. La république de Venise, d'ailleurs, a essayé par tous les moyens, au XVIe siècle, de rendre difficile l'établissement des Portugais en Orient.
Est ainsi fondée, encore en 1481, la forteresse de Saint-George de la Mine, sa construction étant conclue l'année suivante. Cette forteresse constituera une pièce essentielle comme point de soutien dans le commerce et la navigation dans l'Atlantique sud, plus tard aussi dans la traite des esclaves.
Il faut remarquer, à propos de l'esclavage, que cette pratique était considérée normale par les Européens de cette époque; elle était en plus acceptée par l'église de Rome comme un pas vers la conversion de ces populations à la foi chrétienne. Il ne faut pourtant pas oublier que ce ne sont donc pas les Européens qui l'ont initiée à l'époque, puisque elle n'existait plus en Europe, y ayant été éradiquée depuis des siècles. Comme l'Histoire nous le raconte, l'esclavage était en usage en Afrique depuis toujours. Les Européens se sont limités à en profiter. L'esclavage a malheureusement toujours existé; elle existe encore aujourd'hui sous d'autres formes, bien plus sophistiquées.
João II envoie ensuite le navigateur Diogo Cão en expédition le long du golf de Guinée. Diogo Cão arrive à l'embouchure du fleuve Zaïre en 1482 et entreprend d'y établir de bonnes relations avec les populations congolaises. Puis il continue vers le sud et atteint le Cap de Saint-Augustin; il y implante une borne afin de marquer symboliquement la possession, par le roi du Portugal, de toute la zone environnante. Cette méthode de signaler avec des bornes les endroits les plus importants où ils arrivaient fut poursuivie par les Portugais pendant les dernières années du XVe siècle et le début du XVIe.
Ces relations s'avèrent tellement bien réussies que le roi du Congo se convertit au catholicisme et reçoit au baptême le nom de João, d'après le nom de son parrain, le roi portugais. Il s'engagera aussi à envoyer le prince héritier à Lisbonne, pour y recevoir une éducation chrétienne assortie des principes de la culture européenne.
D'autres congolais viendront au Portugal, y seront baptisés et y apprendront la langue et les coutumes portugaises. Cette politique de captation et entretien de bonnes relations avec les autres peuples se poursuivit encore pendant assez longtemps, malheureusement elle fut progressivement délaissée à partir du XVIe siècle, jusqu'à disparaître complètement.
Entre 1484 et 1485, Diogo Cão continue ses explorations et arrive ainsi au royaume de Bénin (aujourd'hui le Nigéria). Des relations diplomatiques et d'évangélisation sont tout de suite entamées par le roi portugais avec ce pays, et un prince déchu de ses domaines est même venu au Portugal chercher de l'aide et y reçut le nom de baptême de João de Bémoin. Il n'a pas été très fortuné, pourtant, car il fut soupçonné de trahison et assassiné, lors de son retour chez lui, par le capitaine portugais chargé de l'accompagner et le remettre sur le trône. Cet ancien royaume - tombé sous domination anglaise en 1892 - tirait sa fortune du commerce d'ivoire et d'esclaves avec le Portugal. Un comptoir y fut fondé en 1486.
En descendant la côte du Golf de Guinée, Diogo Cão arrive en Angola, qui deviendra par la suite colonie et province portugaise. Une forteresse y fut aussi fondée. L'Angola obtiendra son indépendance en 1975, à la suite de la révolution des oeillets au Portugal (le 25 avril 1974).
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