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LES DÉCOUVERTES MARITIMES PORTUGAISES

Texte (enrichi) de ma conférence du 26/4/2001 à l'Université du Temps Libre en pays d'Arlon, Belgique

 

L'Expansion - 4/9

Les premières explorations de la côte atlantique de l'Afrique

Le premier voyage dont le caractère nettement scientifique peut être invoqué fut celui que Gil Eanes réalisa en 1434 jusqu'au-delà du cap Bojador sous l'ordre du roi Duarte (1433-1438). Le financement effectif de cette expédition partait pourtant des poches de son frère le prince Henrique, qui a d'ailleurs jusqu'à sa mort en 1460 financé une grande partie des expéditions maritimes portugaises.

C'était une entreprise extraordinaire pour les explorateurs de l'époque. Bien que les mystères de la mer et les êtres mythiques et fantastiques qui la peuplaient aient toujours hanté l'imagination de l'homme depuis l'Antiquité, elle n'en était pas pour cela moins terrifiante. D'après la tradition des Anciens et du Moyen-Age, la mer inconnue était non seulement disparate mais aussi destructive et mortelle.

Pour les Portugais de cette époque, cependant, la mer représentait l'aventure. Pour les pêcheurs portugais, elle était nourricière et leur donnait le pain de chaque jour; les marchands y trouvaient une source de profit potentiel, malgré les risques; et pour les poètes, comme Camões, la mer était le lieu de rencontre total avec l'amour. Pour beaucoup de penseurs et hommes de lettres d'aujourd'hui, la fascination des Portugais pour la mer est une caractéristique nationale. Cela explique, peut-être, pourquoi les navigateurs portugais se sont aventurés si loin, toujours plus loin dans l'océan.

Une fois dépassé le Cap Bojador, Gil Eanes arrive l'année suivante à Angra dos Ruivos et en 1436 à Galé. En 1437, il effectue des explorations encore plus vers le Sud, sur la côte africaine.

Mais des nuages noirs vont obscurcir le ciel bleu de ces gloires: instigué par certains membres de la noblesse et par ses frères Henrique et Fernando, le roi Duarte recommence les expéditions au Maroc. Tanger est attaquée, mais les Portugais subissent une regrettable défaite, et le prince Fernando est fait prisonnier. Les conditions de sa libération passent par le retour de Ceuta aux mains des infidèles. La Court réunit et délibère contre, et le prince est laissé à son sort. Ce malheureux événement a profondément touché le roi et sûrement contribué à sa mort prématurée.

Le prince héritier Afonso ayant seulement 6 ans, son oncle le prince Pedro devient régent, malgré certains bouleversements et conflits, notamment avec la reine-mère. La politique d'expansion continue pourtant.

En 1443, le prince régent donne à son frère Henrique le Navigateur le monopole de la navigation, de la guerre et du commerce dans les terres au-delà du Cap Bojador. L'exploration des côtes de Guinée se poursuit.

En 1446, à sa majorité, Afonso V (1438-1481) monte sur le trône et devient hostile envers son oncle, le prince régent. Le conflit se termine par la mort de celui-ci dans la bataille d'Alfarrobeira.

En 1453 la ville de Constantinople tombe aux mains des Ottomans, et en 1456 le pape Caliste III exorte les rois chrétiens à la croisade pour la libération de la ville. Afonso V répond à l'appel et prépare aussi une armée, mais, comme nous le savons, les chrétiens y ont échoué: Constantinople est restée aux mains des Turcs. Le roi portugais dirige alors son attention vers le nord de l'Afrique, ce qui trouve sa justification dans le fait que la ville de Ceuta est toujours isolée et difficile à défendre, surtout à cause des pirates. Et les expéditions au Maroc recommencent: la ville d'Alcácer-Ceguer est prise en 1458; la ville d'Anafé le sera en 1464 et Arzile en 1471. La représentation de la prise de cette ville marocaine fait l'objet des célèbres tapisseries de Pastrana (Guadalajara), confectionnées vers la fin du XVe siècle. Tout porte à croire que l'auteur des dessins qui ont servi à son exécution fut Nuno Gonçalves, le peintre des célèbres tableaux de Saint Vincent.

Les conquêtes d'Alcácer-Ceguer et d'Arzile mettaient dans une position difficile la ville de Tanger, située entre les deux. Les Maures l'ont donc abandonnée aux Portugais. Cette politique de campagnes africaines valut à Afonso V le titre de l'Africain.

En 1460, deux ans après la prise d'Alcácer-Ceguer, Henrique le Navigateur, meurt. L'épopée maritime portugaise perd son plus grand instigateur, mais n'est nullement affectée par sa disparition. Les bases avaient été créées, l'exploration était devenue un projet national qui serait, désormais, contrôlé directement par la couronne, à commencer par l'organisation administrative des nouveaux territoires.

Ainsi, Dinis Dias arrive au promontoire de Cap Vert, et en 1462 Pedro Sintra arrive à la péninsule de Sierra Léone. Entre 1471 et 1472, Pedro Escobar et João Santarém découvrent les îles de São Tomé et Prince. Encore en 1472, Fernando Pó arrive à l'île qui porte aujourd'hui son nom.

Des événements inattendus arrivent pourtant en 1474, qui vont détourner l'attention du roi Alphonse V de la politique maritime portugaise. Le roi de Castille vient de mourir et le pays est confronté à une crise dynastique. Le roi portugais rassemble alors une force de 20.000 hommes et rentre en Espagne. La rencontre se donne à Toro et, bien que pas très claire du point de vue militaire, elle va cependant favoriser politiquement les Castillans: à la suite du mariage de Ferdinand, roi d'Aragon, avec Isabelle, reine de Castille, les deux royaumes avaient été réunis sous la même couronne, ce qui constituait une force politique trop puissante.

La paix est alors recherchée, et en 1479, le roi portugais et les rois catholiques signent à Toledo le Traité d'Alcáçovas. Par ce traité, les deux royaumes acceptent le partage des terres de l'Atlantique par le parallèle des Canaries, ce qui assurait aux Portugais l'exclusivité des routes maritimes et l'institution du mare nostrum, afin d'empêcher les bateaux d'autres pays de pénétrer dans les terres du Golf de Guinée. Mais malgré cela, les rois catholiques avaient déjà entre-temps attaqué certaines positions portugaises sur la côte africaine.


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