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LES DÉCOUVERTES MARITIMES PORTUGAISES

Texte (enrichi) de ma conférence du 26/4/2001 à l'Université du Temps Libre en pays d'Arlon, Belgique

 

L'Expansion - 2/9

Les archipels de Madère et des Canaries

Trois ans après la prise de Ceuta, vers 1418-19, les Portugais ont initié les voyages d'exploration de l'océan Atlantique, en longeant la côte africaine.

João Gonçalves Zarco et Tristão Vaz Teixeira arrivèrent ainsi aux îles de Madère en 1418 et de Porto Santo en 1419, leur colonisation ayant commencé aussitôt. Mais si officiellement l'île de Madère n'a été découverte qu'en cette année 1418, son histoire et aussi ses histoires ont commencé beaucoup avant. Elles nous parlent de pirates, de navigateurs, d'aventuriers et même d'amants malheureux.

Pour ce qui est des pirates et des aventuriers, nous ne savons pas grand chose. Mais en ce qui regarde les navigateurs, apparemment déjà entre 1317 et 1336 le Génois Pessanha, amiral à la cour du roi portugais Dinis (1279-1325), aurait été un des premiers navigateurs à apercevoir l'île.

Quant à l'histoire d'amour, nous nous référons à cet infortuné couple d'Anglais, Anne d'Orset et Robert Machim, dont le bateau aurait naufragé en 1346 lors d'une tempête; d'après les récits de leurs compagnons de voyage, ils se seraient réfugiés dans l'île, où ils auraient péri quelques jours plus tard. À en croire la légende, le nom de la ville de Machico serait né de Machim. À en croire une autre légende encore plus mystérieuse, les îles qui constituent l'archipel feraient partie du continent perdu et mythique de l'Atlantide.

Mises à part les légendes, les chroniqueurs portugais de l'époque - surtout Zurara - nous disent aussi que l'archipel de Madère, ainsi que les îles Canaries, étaient déjà connus au XIVe siècle. Et ces affirmations sont confirmées par la cartographie qui nous est arrivée de cette époque. En effet, dans la carte de Dulcert, de 1339, sont mentionnées trois des îles qui composent l'archipel des Canaries, et dans le planisphère du cartographe catalan Cresques, en 1375, toutes les îles de cet archipel sont dessinées avec beaucoup de rigueur et portent déjà les noms par lesquels elles sont connues encore aujourd'hui.

Quant à l'archipel de Madère, si d'un côté Dulcert a ébauché dans sa carte un ensemble insulaire que nous pouvons identifier à cet archipel, d'un autre côté la nomenclature qu'il a utilisée est loin de ressembler à celle que nous employons aujourd'hui. Par contre, dans la carte dite de Medici, datée d'environ 1370, sont indiquées les trois îles principales de l'archipel, à savoir "porto sancto" (Porto Santo), "i. de lo legname" (Madère) et "i. Deserte" (Desertas); il manque seulement la désignation du groupe des petites îles Selvagens (Sauvages), qui pourtant viennent mentionnées dans le planisphère de Cresques, auquel nous avons fait allusion ci-dessus. Ce dernier atlas se trouve au Musée de Barcelone et il nous renseigne sur l'idée que les hommes bien informés de la fin du XIV se faisaient du monde. Un fils de Cresques a vécu au Portugal au service du prince Henrique, le Navigateur.

Les richesses naturelles de l'île de Madère et son climat chaud et humide offrent des conditions exceptionnelles au développement d'une végétation extraordinaire, et c'est grâce à la richesse arboricole que les premiers colons ont trouvée dans l'île - mais qui mystérieusement disparut entre-temps - qu'elle est depuis toujours connue sous le nom de Madère, en portugais Madeira, qui veut dire "bois" - d'où son ancien nom "legname". Par le charme de sa végétation luxuriante et la beauté de sa baie d'eaux profondes et limpides, l'Ile de Madère est le plus ancien site touristique en Europe et un vrai jardin d'Eden.

Le Prince Henrique y fit planter la vigne de Chypre et de Crète; aussi la canne à sucre venant de Sicile. Ces deux produits, d'une qualité exceptionnelle, attirèrent les marchands européens, surtout les Flamands et les Anglais, et parmi les premiers commerçants on trouve Christophe Colomb: il s'était marié à la fille du Gouverneur de l'île de Porto Santo et vécut à Madère pendant quelques années. L'île deviendra, par la suite, l'escale obligatoire pour les bateaux venant des Indes et des côtes africaines.

L'île de Madère est facilement accessible à la navigation vers le sud à cause des vents prédominants du nord-est et du nord, parfois du nord-ouest. Son rôle fut d'une énorme importance, tant dans le soutien à l'expansion vers le sud, que dans la divulgation de la foi chrétienne à travers les responsabilités et privilèges accordés au diocèse de Funchal, notamment de 1514 à 1534.

Elle suscitera aussi à de maintes occasions la convoitise des pirates français et des "conquistadors" espagnols, et si son rôle fut important à l'époque des Découvertes, il n'en fut moins significatif au début du XIXème siècle, lorsque l'île fut reconnue comme essentielle à la stratégie des forces luso-britanniques contre les invasions napoléoniennes et pour la reprise de l'espace continental portugais.

Avec l'île de Madère comme pilier intermédiaire, les Portugais peuvent alors envisager d'aller plus loin, mais dans l'immédiat ils préfèrent rester encore dans les parages et envoyer une nouvelle expédition aux îles Canaries. Ce qu'ils font en 1424.

Les conflits entre la Castille et le Portugal éclatent pourtant à nouveau et ne termineront qu'après la signature du Traité d'Alcáçovas en 1479, par lequel le roi portugais Afonso V (1438-1481) renonce définitivement à sa prétention aux îles Canaries.


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