LES DÉCOUVERTES MARITIMES PORTUGAISES
Texte (enrichi) de ma conférence du 26/4/2001 à l'Université du Temps Libre en pays d'Arlon, Belgique
L'Expansion - 1/9
L'expédition à Ceuta
Pour bien mener l'expansion maritime dont ils rêvaient, les Portugais avaient cependant besoin de points stratégiques de soutien à l'extérieur du pays, voire du continent. C'est précisément dans ce contexte que la prise de Ceuta, au Maroc, est envisagée.
Cette idée de création d'un bastion défensif n'est pas nouvelle; déjà au XIVe siècle, pendant le règne d' Afonso IV (1325-1357), les Portugais avaient organisé des expéditions aux îles Canaries qui, pourtant, n'aboutirent à rien de positif, une fois que Castille finit par s'en emparer. De par sa position maritime stratégique, qui assurait le contrôle du Détroit de Gibraltar, Ceuta était soupçonnée receler beaucoup de richesses, dues au commerce et aux butins des pirates qui trouvaient refuge dans son port.
Les préparatifs de cette expédition à Ceuta ont été l'objet du plus grand secret; le recrutement des marins et des hommes d'armes, le pourvoir des bateaux et des munitions, tout a été fait avec une grande prudence. Afin de ne pas lever des soupçons, le roi portugais João I (1385-1433) a d'ailleurs envoyé des émissaires au Royaume de Sicile - dont la reine avait demandé à se marier avec le prince héritier - leur but étant en effet de passer par Ceuta et recueillir un maximum d'informations sur sa topographie, points de défense et autres repères d'intérêt.
Lorsque les rois de Castille et d'Aragon prirent connaissance qu'une grande expédition portugaise se préparait, ils envoyèrent des émissaires pour prendre des renseignements. Le but de l'entreprise ne fut pas dévoilé; toutefois, on leur garantit qu'aucune action ne serait intentée contre leurs royaumes. On fit alors circuler la rumeur que l'expédition envisageait d'attaquer le Prince des Pays-Bas à cause d'actes de piratage pratiqués par des vaisseaux flamands. Mais on prit la précaution d'avertir celui-ci des réelles intentions; d'ailleurs, le roi portugais n'avait aucun intérêt à se chercher l'hostilité des princes du nord de l'Europe, où les Portugais avaient, déjà à l'époque, un comptoir commercial à Bruges.
Le 25 juillet 1415, une flotte part donc de Lisbonne et, après avoir fait escale à Lagos, en Algarve, arrive à Ceuta et la prend d'assaut le 21 août.
D'après les récits, la prise de Ceuta s'effectua assez facilement. Le roi portugais, avec une partie de la flotte, attire l'attention des Maures, pendant que ses deux fils, Henrique et Duarte (le futur roi) débarquent de l'autre côté. Après avoir mis hors combat un Maure dont les balles mettaient trop en confiance ses congénères, les Portugais profitent de la confusion générée pour rentrer dans la ville et y occupent peu à peu toutes les bonnes positions.
L'équilibre géopolitique acquis avec la conquête de Ceuta a été très avantageux pour le Portugal à cette époque, et on y fit construire une forteresse. La ville assurait un point de soutien en dehors du pays; permettait le contrôle du Détroit de Gibraltar - indirectement donc du commerce maritime de la Méditerranée - et l'éradication des pirates de cette zone; pouvait en cas de besoin constituer une base d'attaque contre les Maures de Grenade, voire même contre les forces de Castille ou celles des Français ou des Génois, qui en 1390 avaient déjà essayé, sans succès, d'attaquer la côte méditerranéenne de la Péninsule Ibérique.
Il ne manquait plus au roi portugais João I, dit le Grand, que la possibilité de lier la politique commerciale de l'Atlantique Sud avec celle du nord de l'Europe. Cette occasion s'est présentée par le mariage de sa fille, la Princesse Isabel, avec Philippe le Bon, Duc de Bourgogne.
Le maintien de Ceuta s'avérera entre-temps trop lourd pour le Portugal, à cause des attaques répétées et violentes des Maures contre la ville, ce qui amènera les Portugais à chercher d'établir une politique de conquête élargie à tout le Maroc.
Ainsi, à des époques postérieures, d'autres expéditions en Afrique du Nord se poursuivirent et d'autres villes furent conquises ou attaquées. C'est le cas de Larache (1489), Azamor (1486), Mazagão (1502), Agadir (1505), Safim (1508). Ce n'est qu'après 1578, date à laquelle le jeune roi portugais Sebastião fut tué et les troupes portugaises défaites par Al-Mansur lors de la bataille d'Alcacer-Quivir, que le Portugal a commencé à perdre successivement ses territoires du Maroc. Pour ce qui est de Mazagão, où une forteresse avait été construite, les Portugais l'ont abandonnée en 1769 sous l'ordre du Marquis de Pombal, qui estimait que son maintien devenait trop cher. Les derniers habitants furent donc embarqués dans des navires et, après un court passage par Lisbonne, partirent fonder une nouvelle Mazagão au Brésil. En Afrique, une autre Mazagão ressurgit aussi: El-Jadida, qui signifie "nouvelle", par opposition à l'ancienne ville.
Pour le moment, cependant, Ceuta constituait un bastion stratégique de premier choix, en garantissant l'accès au commerce de la Méditerranée et le maintien d'un point de force militaire au Sud, devenu entre-temps un foyer de pression sur la Péninsule Ibérique, comme nous l'avons déjà vu. La ville représentait en outre un pilier pour des excursions encore plus loin vers le sud. Les Portugais y firent bâtir une forteresse et une cathédrale.
L'extraordinaire épopée des découvertes maritimes portugaises allait bientôt débuter, la grande impulsion en ayant été donnée par le prince Henrique, personnage historique que la tradition place au centre de l'expansion portugaise du XVe siècle.
Si c'est un fait que l'image du prince fut parfois un peu survalorisée par ses biographes - surtout par Zurara - ce n'est pas moins vrai que par sa ténacité, fermeté et sens de l'organisation, Henrique le Navigateur a joué un rôle majeur dans l'épopée des Découvertes maritimes du Portugal. On lui doit, parmi d'autres initiatives, l'installation à Sagres, sur la Côte Vicentine, d'une école pour l'enseignement des arts nautiques.
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