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LES DÉCOUVERTES MARITIMES PORTUGAISES

Texte (enrichi) de ma conférence du 26/4/2001 à l'Université du Temps Libre en pays d'Arlon, Belgique

 

Consolidation de l'Expansion

"Nous sommes venus à la recherche de chrétiens et d'épices".

Ce fut sous cette forme simple mais claire que les premiers Portugais débarqués sur le littoral indien ont justifié l'apparition inattendue dans ces parages de navires en provenance de l'Atlantique.

En avançant jusqu'en Inde, les Portugais voyaient dans l'ouverture de la route maritime la création d'un nouveau canal liant l'Inde directement à l'Europe, ce qui permettrait non seulement le renforcement politique et économique de l'unité chrétienne, par conséquent l'affaiblissement de l'Islam et de leurs privilèges dans le contrôle de la vente des épices à l'Occident, mais aussi le transfert de ce rôle et du profit respectif vers le Portugal.

Certes, les voyages étaient longs, fatigants et pleins de dangers imprévus. Le départ de Lisbonne s'effectuait surtout en mars ou en avril, et le retour de Goa ou Cochin à partir de décembre, afin de profiter des vents favorables de la mousson.

Tous les navires n'arrivèrent pas à leur destination, mais en dépit de ces moments tragiques, Lisbonne est devenue une des villes les plus cosmopolites d'Europe, et les nouveautés qui y affluaient des nouveaux mondes attiraient les gens et leur offraient des possibilités d'échanges commerciaux et culturels.

Au-delà du Cap de Bonne Espérance, le Mozambique représentait aussi une étape importante pour le commerce afro-indo-portugaise. D'ailleurs, c'est au Mozambique que fut créé en 1502 le premier comptoir commercial portugais de l'Océan Indien. On y construisit aussi une forteresse en 1507, destinée à protéger les hommes et les biens.

À Mombassa, lieu de passage obligatoire sur la Route des Indes, on payait des impôts relatifs aux produits y commercialisés, tels l'ambre, l'ivoire, l'écaille de tortue, le poivre, et les tristement fameux cafres, des esclaves noirs amenés de l'intérieur africain et échangés contre des vêtements, du fer, du riz apportés par les navires portugais. Il y a quelques années à peine, on pouvait encore acheter à Mombassa de grands coffres munis de tiroirs sculptés et garnies de ferrures imitant des exemplaires portugais du XVIIe siècle.

Dans l'impossibilité de se fixer à Calicut - comme nous avons déjà vue - les Portugais établirent leur administration et leur comptoir commercial à Cochin, sur la côte de Malabar. Puis à Quilon, en 1505, qu'ils ont pourtant abandoné en 1512. Mais en 1510, après la prise de Goa, c'est cette ville qui deviendra le véritable centre de diffusion de l'activité commerciale.

Goa, la ville dorée, devient alors la capitale du futur "Etat portugais de l'Inde". Pour l'organiser, Afonso de Albuquerque, premier gouverneur de Goa, adopta une politique d'entente avec les princes hindous, opposants systématiques des Musulmans. Et parce que Goa était, de par sa situation géographique, un lieu de passage des marchandises et de contrôle de la navigation sur la côte de Malabar, Albuquerque décide de lui annexer les territoires environnants, comme il l'avait déjà fait pour d'autres villes côtières.

C'est ainsi que sont successivement conquises, en 1510 et 1511, les villes d'Ormuz (à la sortie du Golfe persique) et de Malacca (sur le Détroit de Singapour), où les Portugais feront construire une forteresse. Seul le plan pour conquérir Aden (sur la route de la Mer Rouge) ne se concrétisera jamais.

Le vaste domaine portugais s'étendait au nord jusqu'à Chaul, Bombay et Damão (décolonisé en 1961); descendait en direction du nord-ouest et se prolongeait jusqu'à Diu, conquise en 1509, décolonisée et intégrée en Inde aussi en 1961.

Au cours de leurs voyages, les Portugais ne manquèrent aucune opportunité de s'établir là où les conditions leur semblaient favorables et les gens accueillants.

Des forteresses sont ainsi construites à Coulão, à Colombo (sur l'île de Ceylan, aujourd'hui Sri-Lanka), et à Malacca, cette dernière ville étant un point stratégique pour obtenir des renseignements précis sur la Chine et les "Chins", qui chaque année venaient à Malacca faire du commerce. Entre-temps, quelques Portugais se rendent à l'estuaire du fleuve des Perles, et après avoir débarqué à l'île de Sanchuão, ils y élèvent une borne et y installent un entrepôt.

Dans le but d'officialiser les relations entre le roi du Portugal et l'Empereur de Chine et d'obtenir la libéralisation du commerce et de la navigation, une mission part alors de Goa en 1516, en direction de la capitale de l'Empire Céleste. Mais la mission échoue et se termine par la mort tragique de l'ambassadeur portugais, la captivité de ses compagnons et la rupture des relations avec la Chine. Les échanges commerciaux se poursuivront, toutefois, dans l'illégalité et à grands risques, jusqu'à la cession par les Chinois, en 1557, du port de Amacao.

Bien qu'implantée sur territoire chinois, la ville de Macao était régie par les lois et coutumes portugaises. Dans ce territoire immense, les Portugais ont créé des centres de fabrication de la porcelaine, qui étaient toutefois l'objet d'une étroite surveillance de la part des Chinois. C'est pourquoi les Portugais ne modifièrent nullement l'apparence des pièces et se sont limités à y ajouter des légendes ou de petits détails décoratifs anodins. Outre leur intérêt artistique et historique, ces porcelaines témoignent de l'expansion du catholicisme en Extrême-Orient.

Macao restera sous administration portugaise environ 442 ans. Comme nous le savons, Macao fut intégrée dans la République Populaire de Chine en octobre 2000.

Avant la fondation officielle de Macao, les Portugais voyagent encore en 1516 jusqu'au royaume de Siam (aujourd'hui la Thaïlande) et au Viêt-Nam. Ils arrivent à Timor en 1514, dont la partie orientale restera sous domination portugaise jusqu'en 1976. Nous nous souvenons encore des événements tragiques survenus dans ce pays depuis le départ des Portugais et jusqu'en 1999, date de leur indépendance.

Ce ne sera qu'en 1543 que les Portugais et les Japonais se rencontreront, pour la première fois, sur la petite île de Tanegashima. Les relations luso-japonaises se feront d'une façon très différente de celles éprouvées dans d'autres contrées de l'empire oriental. Les Portugais sont parvenus à y obtenir des bénéfices et des privilèges, sans jamais y ériger de forteresse, mais en offrant aux Japonais une marchandise hautement appréciée - la soie - et en leur proposant des produits considérés exotiques, car inconnus. Ils n'auront pas besoin, non plus, de recourir aux armes pour s'assurer un port, car celui-ci leur sera gracieusement offert dû à l'intervention des Jésuites. Les Japonais avaient réalisé l'intérêt qu'il y avait à faire leur commerce à proximité des missions de la Compagnie de Jésus. Dès 1571, toutes les activités commerciales se concentreront, donc, dans la ville portuaire de Nagasaki, un endroit fort avantageux offert par le "Daimio" de Omura.

En 1639, presque un siècle après leur établissement au Japon, les Portugais furent persécutés et expulsés, et le commerce avec la Chine, par Macao, interdit. La famille des shoguns Tokugawa, alors au pouvoir, craignait de perdre leur hégémonie à cause de l'activité de plus en plus florissante des marchands et des missionnaires portugais. Cet isolement ne prit fin qu'en 1868.

Le siècle écoulé entre l'arrivée des Portugais au Japon et leur départ est connu comme siècle Namban, d'après Namban-jin, c'est-à-dire, "barbares venus du sud", nom par lequel étaient appelées les Portugais à cause de leur teint foncé, de ses gestes, allure et vêtements, tellement curieux pour les Japonais.


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