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Sphère armillaire, palais de la ville à Sintra, v. 1500

Panneau "Notre Dame de la Vie", MNA (par Marçal de Matos, 1580)

Panneau avec cavalier, fabriqué à Anvers, 1558, provenant du palais à Vila Viçosa, MNA

Panneau "Muse Talia", XVIIe s., MNA

Panneau "Chasse au guépard", XVIIe s., MNA

Détail du "Mariage de la poule", XVIIe s., MNA

Panneau, palais Fronteira à Lisbonne, v. 1670

Panneau «Lave-pieds», rue Amoreiras à Lisbonne (par António de Oliveira Bernardes, début XVIIIe s.)

Panneau "Conquête de Lisbonne", Monastère São Vicente de Fora à Lisbonne, (par Manuel dos Santos, v. 1710)

Palais du Marquis de Pombal à Oeiras, v. 1800

Palais du Marquis de Pombal à Oeiras,XVIIIe s.

Motif à patron, immeuble à Lisbonne, XIXe s.

Immeuble, place Rafael Bordalo Pinheiro à Lisbonne (par Ferreira das Tabuletas, 1864)

Gare de Pinhão, région viticole du Douro, 1940

Station de métro "Cité universitaire" à Lisbonne (par Maria Helena Vieira da Silva, v. 1988)

Détail de mur, avenue Infante Santo à Lisbonne (par Maria Keil, 1956-1958)

Station de métro "Laranjeiras" à Lisbonne (par Sá Nogueira, 1988)

Station de métro "Campo Grande" à Lisbonne (par Eduardo Nery, 1991)

Détail du Jardin de l'eau, Parc des Nations à Lisbonne (par Fernanda Fragateiro, 1998)
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Les premiers azulejos utilisés au Portugal comme revêtement mural étaient de tradition islamique. Ils furent importés de Séville -
le grand centre producteur d’azulejos dans la Péninsule Ibérique à l’époque. Les plus représentatifs de cette période datent de 1500
et se trouvent à la Salle Maure (image à droite), connue aussi comme Salle Arabe, et à la Salle des Singes du Palais de la Ville à Sintra,
près de Lisbonne, fait bâtir par Manuel I, l’un des grands souverains portugais du temps des Découvertes Maritimes.
Les motifs de ces azulejos sont essentiellement des lacets et des enchaînements géométriques d’influence arabe (image à gauche) où prédomine le vert,
couleur de la luxuriante végétation de l’extérieur. Curieusement, cette influence arabe se fait sentir encore de nos jours, non tout à fait
dans le goût des motifs qui, eux, bien sûr, ont évolué, mais plutôt dans l’excès de remplissage des espaces par opposition nette aux espaces vides.
Au XVIe siècle, avec la découverte de la technique majolique en Italie, qui permettait de peindre directement sur l’azulejo,
les motifs ont pu évoluer vers des compositions figuratives plus narratives qui, parfois, ont atteint des proportions monumentales.
C’est le cas notamment des panneaux dits de Notre-Dame de la Vie (à gauche)- en provenance de l’église S. André qui a autrefois existé à Lisbonne -
travail de Marçal de Matos, un grand maître en peinture et dessin (1580); ou les azulejos de l’église S. Roque, à Lisbonne (à droite),
par Francisco de Matos, un autre grand maître (1584).
Les motifs décoratifs de cette période étaient maniéristes ou issus de thèmes de l’Antiquité classique divulgués par les céramistes italiens qui se sont fixés en Flandre.
Ils sont arrivés au Portugal par le biais des premières commandes importées de Flandre (à gauche) et ont assez rapidement conquis le pays. Au palais de Bacalhôa, à Azeitão,
nous pouvons admirer quelques-unes des meilleures ouvres du début de la production portugaise de cette époque. Des exemples d’oeuvres flamandes et ibériques
presque similaires sont aussi bien la preuve que ces motifs au goût italien de la Renaissance se répandirent partout en Europe.
Vers la fin de ce siècle, pourtant, avec la crise politique qui se vivait, résultat de la crise dynastique qui écrasa le pays pendant 60 ans (de 1580 à 1640 le Portugal
a été sous la domination des rois d’Espagne, héritiers de la couronne portugaise), des solutions décoratives moins exigeantes et plus économiques furent recherchées.
C’est la période des motifs à patron (à droite), avec effet de “damier” ou “échiquetés”, normalement avec une bordure autour. Nous pouvons admirer certains de ces panneaux
à l’église de Marvila à Santarém, ou à l’église de Jésus à Setúbal, ou encore à l’église de S. Roque à Lisbonne. Cette tendance se poursuivra pendant le début du VXIIe siècle.
Assez curieusement, cependant, cette période de l’azulejo au Portugal est l’une des plus riches en effets visuels.
Le XVIIe siècle voit l’arrivée de motifs ornementaux à caractère fantastique et profane, récupérés de la Rome antique (à gauche). Au Portugal, ces motifs ont été transposés
vers des thèmes religieux et utilisés dans la décoration des églises. On appelait ces motifs “Les Grotesques”. Récupéré de l’ancien palais de la rue Corvos, à Lisbonne,
le panneau avec composition héraldique qui se trouve au Musée de l’Azulejo est un exemple de ce genre de motif.
Simultanément, un autre motif fait son apparition dans les panneaux figuratifs ou de devant-d’autel – “Les Indiennes”. Inspirés des tissus exotiques importés de l’Inde,
mélangés à des thèmes occidentaux et adaptés aux symboles catholiques, ces motifs ont été utilisés aussi en céramique, surtout comme devant-d’autel dans les églises (à droite).
Cette liberté d’interprétation entraîna inévitablement une diversité figurative qui a conduit à une prolifération des ateliers, où des artisans –
parfois sans formation académique – pouvaient donner libre cours à leur interprétation des motifs et des couleurs. La clientèle s’élargit, la noblesse devenant un des grands
commanditaires de l’azulejo profane pour la décoration de ses palais (à droite). De magnifiques exemples se trouvent notamment au palais des Marquis de Fronteira à Lisbonne,
où l’on retrouve mélangées aux thèmes classiques des scènes satiriques, chargées d’ironie et de sottise, genre de figuration connu sous le terme générique de “Singeries”,
dont un exemple est le "Mariage de la Poule" (à gauche), en exposition au Musée National de l'Azulejo.
Vers les dernières décennies du XVIIe siècle et pendant environ 50 ans, jusqu’en 1715, le Portugal redevient un importateur d’azulejos flamands.
Il s’agit d’ensembles monumentaux d’azulejos bleus (à gauche), en imitant la porcelaine de Chine, conçus par les grands peintres des Pays-Bas.
Ces importations ont provoqué une réaction de la part des ateliers portugais qui ont alors fait appel à des peintres nationaux avec une formation académique,
afin de satisfaire ainsi une clientèle devenue plus exigeante. Face à ce nouvel essor de la fabrication des azulejos au Portugal, on assiste à l’abandon des importations,
et le peintre d’azulejos récupère son statut d’artiste, en signant ses oeuvres.
Le précurseur de cette nouvelle période fut l’espagnol Gabriel del Barco (à droite), resté au Portugal après la guerre de la Restauration. Il introduisit le goût de
l’exubérance décorative et de la peinture libérée de la rigueur du dessin. Cette tendance fut poursuivie par des peintres portugais de grand talent qui
ont ainsi donné naissance au “cycle des maîtres”. Les noms les plus connus parmi ceux-ci furent António Pereira, Manuel dos Santos, Antonio de Oliveira Bernardes (à gauche)
et son fils Policarpo de Oliveira Bernardes.
Les grandes commandes se poursuivirent pendant la première moitié du XVIIIe siècle, sous le règne de João V, notamment avec des commandes en provenance des
territoires portugais au Brésil. Jamais avant on n’avait utilisé autant les panneaux narratifs (à droite et, plus en bas, à gauche), et cette augmentation de la production a introduit une simplification
de la peinture des scènes en opposition aux moulures qui, elles, ont atteint une importance scénographique sans précédents.
En 1755, un grand tremblement de terre détruit Lisbonne et les environs. Le Marquis de Pombal, Premier ministre de José I, est le grand entrepreneur des travaux
de reconstruction de la ville. Le genre d’azulejo utilisé récupère les motifs en patron, les plus adaptés à l’urgence de la situation, et reste connu comme l’azulejo
“Pombalino”, d’après le nom du ministre. Des exemples de ces azulejos peuvent se trouver partout à Lisbonne et aussi au Musée de l’Azulejo (à droite).
La seconde moitié du XVIIIe siècle assiste à l’avènement de deux genres d’azulejo: un décoré au style Régence français, l’autre au goût Rococo par influence
des pays de l’Europe centrale. Ce sera surtout ce dernier qui aura la préférence du public portugais. Nous pouvons encore admirer sur place les somptueux azulejos
du palais du Marquis de Pombal à Oeiras, aux environs de Lisbonne (les deux à gauche), ceux du Palais National de Queluz, aussi aux portes de Lisbonne, ou ceux de la Quinta dos azulejos à Lisbonne.
Les couleurs prédominantes de cette période fastueuse sont les tons contrastants de bleu associés à d’autres couleurs, notamment le jaune.
Le XIXe siècle verra l’introduction du style néoclassique (à droite) dans la décoration des azulejos, tendance d’ailleurs déjà aperçue à la fin du XVIIIe.
Les panneaux céramiques de cette période nous proposent une légèreté et une profusion de thèmes et compositions des plus surprenantes, réussies par
des fresques sur fond blanc et sans ornements rehaussées par des pierres de taille basses. Ce sont de vraies décorations narratives du parcours social
de ceux qui les commandent – une bourgeoisie en pleine ascension. L’église, par contre, conserve ses traditionnels cycles religieux,
et la noblesse les thèmes jusque-là aussi utilisés.
À la suite de la crise économique dans laquelle le Portugal se voit plongé après les trois invasions napoléoniennes (1807-1811) et la guerre civil entre
absolutistes et libéraux (1812-1834), on assiste à l’émergence définitive d’une bourgeoisie liée au commerce et à l’industrie. L’azulejo en motif à patron
(à gauche), dont le coût est moins élevé, ressurgit à nouveau, entraîné par cette nouvelle classe sociale. Il est produit par des manufactures qui perdurent encore
aujourd’hui, comme Viúva Lamego à Lisbonne ou Massarelos à Porto.
Les techniques de fabrication étant industrialisées ou semi-industrialisées, des milliers de façades se trouvèrent ainsi rapidement couvertes d’azulejos.
Les caractéristiques du motif font appel à des sensibilités différentes: un goût du volume et des contrastes de lumière et sombre, au nord;
une conservation des patronages lisses anciens transposés ostensiblement de l’intérieur (à droite) vers l’extérieur, au sud. Un parcours touristique à travers Lisbonne,
et notre regard sera attiré par les maints exemples visibles encore de nos jours: façades d’azulejos
des maisons (à droite) mais aussi des murs autour de celles-ci.
Contrastant avec cette production bon marché, nous trouvons cependant déjà à la fin du XIXe siècle, début du XXe, des compositions décoratives de vrais maîtres,
comme les façades d'immeubles (à gauche) par Luís Ferreira, dit le “Ferreira das Tabuletas”; ou celles de Jorge Colaço, peintre qui nous a aussi laissé de magnifiques toiles à l’huile.
Son oeuvre assume un goût préférenciel pour les figurations à thème historique, dans un environnement romantique tardif visant l'exaltation des faits et figures majeurs
de la patrie. Une de ses belles productions, parmi d'autres, est le panneau dit "Adamastor" du Palais-Hôtel à Buçaco (à droite).
La production de compositions à caractère monumental se poursuivra encore pendant la première moitié du XXe siècle, avec des oeuvres comme les 24 panneaux
de la gare à Pinhão (à gauche, deux des panneaux), région viticole du Douro, célèbre surtout par son vin de Porto et ses paysages époustouflants.
La revitalisation de la céramique au Portugal, dans un contexte de modernité, d'ailleurs déjà initié avec Rafael Bordalo Pinheiro, trouvera plus d'expression avec
l’oeuvre de Jorge Barradas (1894-1971), devenu le maître incontestable de la génération de jeunes artistes de l’après-guerre. Parmi ces nouveaux talents nous trouvons
des noms célèbres aussi dans le monde des arts de la peinture, comme Vieira da Silva (1908-1992) dont le souvenir artistique dans le domaine de la céramique nous est laissé
dans certaines stations de métro (à gauche) et Manuel Gargaleiro (n. 1927), aussi auteur d'oeuvres céramiques comme le jardin publique à Almada, sur la marge sud de Lisbonne
(à droite).
Après 1950, avec le développement urbanistique, l’azulejo a conquis d’autres domaines et acquis de nouveaux langages d’expression. C’est le cas des stations de métro à Lisbonne,
dont les murs furent presque entièrement recouverts d’azulejos dessinés par Maria Keil jusqu’en 1972 (à droite); elle nous a aussi laissé d'autres compositions architectoniques,
comme le mur longeant l'avenue Infante Santo à Lisbonne (à gauche).
À partir de 1987, outre les artistes de renomée internationale cités ci-dessus, d'autres artistes moins connus à l’étranger se vouent eux aussi à des créations
céramiques, dans la recherche d'une fonctionnalité esthétique des espaces urbains de tous les jours, poursuivant les défis que Maria Keil avait initiés.
D'autres projets se profilent ainsi pour azulejo:
- Sá Nogueira (n. 1921) est l'auteur des azulejos de la station de métro "Laranjeiras" (à gauche).
- Júlio Pomar (n. 1926) célèbre à jamais le grand poète portugais Fernando Pessoa dans les murs de la station de métro à "Alto dos Moinhos" (à droite).
- Eduardo Nery (n. 1938) utilise l'azulejo, en tant qu'outil explorateur de mécanismes optiques, pour recréer des images traditionnelles
de la céramique du VIIIe siècle (à gauche).
- De son côté, Júlio Resende marque d'un trait particulier les murs des stations de métro "Sete Rios" et "Jardin Zoologique" (tout en bas, au centre).
En 1998, lors de l’EXPO’98 – la dernière grande Exposition Mondiale du XXe siècle – qui entraîna la récupération de la partie orientale de Lisbonne, hautement dégradée,
les céramistes portugais ont persisté sur la voie de réaffirmation de l’azulejo comme revêtement ornemental en architecture au Portugal.
Les figurations de Fernanda Fragateiro (n. 1962) y ont gagné relief (à gauche) et l’Océanarium a su récupérer la tradition de l’azulejo
à patron avec de grands animaux marins traités informatiquement (à droite).
Le défi continue. Au XXIe siècle d’autres noms et d’autres tendances se préfigurent déjà pour ce nouveau millénaire dans le domaine de la tradition de l’azulejo au Portugal.
L’art dans son sens universel de recherche de la beauté et de l’harmonie est toujours en pleine évolution, et l’art de l’azulejo doit accompagner
les tendances, sous peine de se figer dans le temps qui passe.
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Salle Maure, Palais de la ville à Sintra, v. 1500

Eglise São Roque à Lisbonne (par Francisco de Matos, 1584)

Motif à patron "pointe de diamant", église São Roque à Lisbonne, fin XVIe s.

Panneau "Alégorie Eucharistique", XVIIe s., MNA

Devant-d'autel, première moitié du XVIIe s. MNA

Panneau "Rapt des Sabines", palais Bacalhôa à Azeitão, XVIIe s.

Scène mythologique, MNA (par Gabriel del Barco, v. 1695)

Escalier du palais des Archevêques, Santo Antão do Tojal, v. 1730

Motif à patron "pombalino", v. 1760-1780, MNA

Panneau, Fondation José Berardo, à Funchal, v. 1805

Immeuble à Lisbonne, hall d'entré, XIXe s.

Immeuble, rue Anjos à Lisbonne, début XXe s.

Panneau "Adamastor", Palais-Hôtel Buçaco, (par Jorge Colaço, Fábrica de Sacavém, 1907)

Jardin public à Almada (par Manuel Gargaleiro, 1956)

Station de métro "Anjos" à Lisbonne (par Maria Keil, 1965)

Station de métro "Alto de Moinhos" à Lisbonne (par Júlio Pomar, 1989)


Océanarium à Lisbonne
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